Jésus et l'Advaita selon Henry le Saux

Publié par Patrick

Swami Abhishiktananda, Henri Le Saux (1910-1973) de son nom d’origine, est né en 1910 en Bretagne, en France. Il devint moine bénédictin en 1929 et ressentit le premier appel à venir en Inde en 1934, débarqua en l’Inde en 1948, où passa les 23 dernières de sa vie.

Il a certainement été le chrétien qui venant de l’étranger et a adopté le style de vie sannyasi. Il a eu de profondes perceptions de ce que l’Inde Hindoue peut, particulièrement dans sa tradition advaita, offrir au monde chrétien, et de comment parler de Jésus Christ dans ce pays qui fait mémoire de si nombreux saints et avatars.

Il est venu en Inde avec le rêve d’établir ici un monastère d’orientation bénédictine mais imprégnée de toutes les traditions de la spiritualité indienne. Il espérait que ce monastère aurait en Inde une influence semblable à celle que les Bénédictins eurent sur le continent européen. Bien lança en 1950 le Saccidananda Ashram à Kulithalai près de Tiruchirappalli avec Fr. Jules Monchanin son compatriote. La fondation, sous une forme différente, vit encore 60 ans après.

Dom Le Saux, connu maintenant comme Swami Abhishiktananda, a été profondément impressionné par la figure du mystique indien Ramana Maharshi, qui donnait son darshan à Tiruvannamalai,  et par l’esprit de renoncement et d’adoration qui caractérisait la figure du sage. Don Le Saux décida d’adopter lui-même la style de vie du renonçant indien, il devint végétarien, revêtit l’habit de kavi et mena une vie d’extrême pauvreté. Ayant ensuite reçu l’enseignement d’un Guru Indien ardent, Sri Gnananda (Ramana Marshi est mort en 1950, peu de temps après que Abhishiktananda l’ait vu), Swami passa de nombreuses heures dans la solitude et la prière dans les grottes du mont Arunachala. Il a mené dans la prière le discernement de son futur style de vie et a tenu une riche journal, analysant ses idées et pensées sur la présence divine en Inde. 

Il écrivit de nombreux textes, dont le premier livre qu’il a publié : « Sagesse hindoue, mystique chrétienne ». Dans son livre, Swami a tenté une synthèse de la Théologie et spiritualité de l’Advaita Vedanta et de la foi chrétienne. Il a dit qu’on ne pouvait pas vivre une authentique spiritualité trinitaire sans avoir d’abord réalisé l’essence de l’advaita, c’est-à-dire que personne ne pouvait être dit exister à la manière dont Dieu ou l’Être Suprême (Brahman) existe. Le « neti, neti » des Upanishads, qu’il a étudié avec passion et de manière répétée, était un guide pour toute sa vie spirituelle et son enseignement. C’est seulement après avoir fait cette expérience, non pas purement de sa contingence, mais de son « Vide » (sunya) ou de sa non-existence au niveau humain, qu’on était capable d’entendre avec Jésus la voix du Père disant « Tu es mon Fils, Aujourd’hui je t’ai engendré ». Cette expérience mystique rendue possible seulement par l’Esprit Saint, est à un niveau beaucoup plus profond que l’expérience humaine de son être. JE SUIS seulement parce que je suis appelé par le Père à être fils de Dieu. 

Abhishiktananda ne s’est pas arrêté à ce niveau.  Vers la fin de sa vie il a donc essayé un autre langage, en partant de l’expérience Védantique plutôt que du dogme chrétien. Il a vu en Jésus le modèle de « l’éveil » individuel à la réalité de Brahman ou Dieu en sa propre vie, tel que le suggèrent les récits synoptiques de l’expérience de son Baptême : « Tu es mon fils bien-aimé. Pour Abhishiktananda Jésus était l’être humain toujours à l’écoute de cet appel dans ces formes variées, toujours conscient de la présence de Dieu dans sa vie : il a réalisé que dans la relation au Père il n’était pas « un autre » ou un rival de Dieu. Il était plutôt le symbole ou l’évidence de la présence de Dieu dans ce monde qui est le nôtre, un monde d’apparente pluralité, mais rendu un par l’amoureuse Présence du Divin. Cette présence est la base de la solidarité entre tous les êtres humains, et entre eux et la nature comme totalité. Jésus a eu et a voulu partager avec chacun de nous le sens de la « Divinité » du tout Être, du tout « JE SUIS ». Vers la fin de sa vie l’advaita de Swami n’était pas la sèche advaita des commentaires de Sankaras mais plutôt une advaita théiste qui n’était pas sans ressembler à celle du Vishishadvaita. Swami a donné une importance croissante à la présence de Shakti que comme Chrétien il interprétait comme la puissance ou l’Esprit de Dieu, car l’Esprit représente pour ainsi dire la non-dualité entre le Père et l’ensemble de l’humanité réconciliée avec lui en Jésus le Fils de Dieu, et même avec le monde de la matière. 

 

Publié dans Jésus

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