Spiritualité

Publié le par P.Vigneau

 

La spiritualité indienne

 

En Inde, la religion est perçue comme étant au service de l’homme dans sa recherche incessante du bonheur.
La philosophie indienne croit en l’unité du créateur et de la création. Dieu imprègne toutes choses. L’âme de chaque individu, dans sa forme épurée, est en réalité l’Atman, c’est-à-dire Dieu lui-même. Aussi, tous les êtres conscients de cette réalité ne peuvent que respecter scrupuleusement l’ensemble des objets de la création en tant qu’expression du divin. C’est le concept de Ahimsa, la non-violence. Il a été popularisé en Occident par la vie de Mohandas Gandhi, le père de l’indépendance indienne.

L’hindouisme ne reconnaît pas au mal une existence autonome. La création est parfaite par nature. C’est l’homme, dans l’exercice de son libre-arbitre qui, par ignorance de sa véritable nature, crée la souffrance. Il est généralement admis que l’humanité traverse actuellement le Kali Yuga, une période caractérisée par la prédominance des valeurs matérialistes au détriment de la spiritualité.
Kurukshetra, le champ de bataille du Mahabharata, est une allégorie de la vie humaine.

La tradition explique que l’individu est prisonnier du Samsara, le cycle des naissances et des morts. Aussi renaît-il de manière récurrente en fonction de son Karma pour expérimenter les effets positifs et négatifs de ses actions passées. Celles-ci laissent des empruntes sur l’individu qui conditionnent ses perceptions et son comportement, les Samskaras.
Pour échapper aux effets négatifs du Karma, l’individu peut se soumettre à une stricte discipline. Aussi, la société indienne traditionnelle était organisée pour proposer quatre étapes, ou Ashrama, à la vie de l’homme : La première est celle de Brahmachari, une jeunesse dédiée à l’étude et à la vie pure et chaste. La deuxième est celle du Grihastha, l’homme marié qui fonde une famille pour transmettre à ses enfants la connaissance qu’il a acquise. La troisième est le Vanaprashti, une fois que ses devoirs familiaux ont été accomplis, il se retire, le plus souvent avec son épouse, dans la solitude. L’ultime étape est celle du Sanyasa, littéralement renonciation totale. Elle implique la perception de la vanité de toutes les entreprises mondaines et le service du monde, à l’exclusion de toute activité égotique.


La vitalité de la vie spirituelle en Inde est aujourd’hui une force d’inspiration dans le monde entier. La tradition spirituelle indienne est désignée par l’expression sanskrite Sanatana Dharma – la loi éternelle –. Mieux connue en Occident sous le vocable « hindouisme », elle est probablement la plus ancienne religion du monde. Avec plus de 900 millions de fidèles, elle représente la troisième religion du globe en terme numérique après le christianisme et l’islam. D’Alexandre-le-Grand à André Malraux en passant par Nietzsche, Schopenhauer et bien d’autres, la spiritualité indienne n’a cessé d’interpeller l’Occident au cours des siècles, depuis l’antiquité jusqu’à l’époque contemporaine.
L’une des particularités de la tradition indienne est sa tolérance. Elle reconnaît l’égale valeur de toutes les religions qui ne sont que les expressions particulières des différents chemins qui, tous, mènent à Dieu ou à l’unité. Aussi n’impose-t-elle pas la notion de conversion religieuse.


L’hindouisme est donc davantage un mode de vie et de pensée qu’une religion organisée avec ses dogmes et ses églises. Contrairement à une idée répandue, l’hindouisme n’est ni un polythéisme ni un monothéisme. Il suppose l’existence d’un principe unique préexistant, Brahman, qui se décline dans l’infinie diversité de la création ainsi qu’au travers d’une multitude de divinités.


La tradition du maître spirituel


Le corpus de concepts et de pratiques de la religion n’est là que pour aider l’homme à se libérer de ses conditionnements qui le maintiennent dans l’ignorance et la souffrance. Dans cette optique, les indiens accordent une importance prépondérante aux maîtres spirituels, censés incarner des guides aptes à élever le commun des hommes. Un infini respect leur est témoigné, à l’instar de ce qui se fait dans les autres grandes traditions orientales parmi lesquelles l’Islam Soufi ou le Bouddhisme.
Le Sage occupe donc une place centrale dans la tradition indienne.

Depuis les mythes de l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, l’Inde fourmille de références à ses grands Grands Sages, aussi appelés Rishis, qui éclairent l’humanité.
Ainsi en est-il pour Valmiki et Vyasa, auxquels est attribuée respectivement la rédaction des textes sacrés du Ramayana et du Mahabharatha. Patanjali se voit souvent reconnaître la parenté des Yoga Sutras. Sankaracharya, Tulsidas ou encore Chaitanya sont des figures de la période médiévale en Inde.
Au 19ème siècle, c’est sans doute la personnalité de Ramakrishna qui a le plus marqué l’Occident. Ce prêtre du temple de Dakshineswar, près de Calcutta, après avoir pratiqué l’Hindouisme, le Christianisme et l’Islam, avait popularisé l’idée de l’unité des religions. Son célèbre disciple Swami Vivekananda fit connaître son enseignement partout en Occident, y compris parmi l’élite intellectuelle et artistique, à travers des séries de conférences. Son discours au Premier Parlement des Religions du Monde à Chicago, en 1993, reste un événement clé de l’histoire contemporaine indienne.

Au 20ème siècle, d’autres Sages connurent une notoriété exceptionnelle, aussi bien en Inde qu’au sein du public occidental. Il s’agit entre autres de Swami Sivananda à Rishikesh, Ma Anandamayi à Bénarès, Ramana Maharshi à Tiruvanamalaï ou encore Swami Ramdas à Kanhangad.
Si certains de ces Sages éminents sont issus de lignées spirituelles ou d’ordres monastiques, nombreux sont ceux qui ont connu un accomplissement spirituel hors de tout cadre institutionnel. Leur notoriété s’est bâtie spontanément au fur et à mesure que les foules venaient à leur rencontre.

 

Les écritures


Les écritures ont été rédigées par les sages d’après leur propre expérience.
La religion en Inde est encadrée par une variété importante de textes sacrés et philosophiques. Ces ouvrages souvent volumineux sont reconnus dans le monde entier pour leur rigueur conceptuelle et leur valeur littéraire.
Les plus anciens et les plus fondamentaux sont les Védas. L’aspect spéculatif des Védas qui traitent de l’origine de la Création et de la nature de l’Univers, le Vedanta, est compilé dans les Upanishads.
Deux épopées occupent également une place fondamentale dans toute la culture indienne, le Mahabharata de Vyasa, qui comprend la célèbre Baghavad Gita, et le Ramayana de Valmiki, l’histoire du roi Rama. Le corpus des Puranas relève aussi des textes ayant une portée essentielle. La plus célèbre est sans aucun doute le Bhagavata Purana, ou Srimad Bhagavatam, qui est un récit de la vie du roi Krishna. La plupart de ces textes relatent la vie de personnages décrits comme étant des incarnations divines ayant eu une existence historique à des époques reculées.
Il existe également une infinie variété de textes dévotionnels. Le Lalita Sahasranama ou le Saundarya Lahari célèbrent ainsi la Mère Divine. Rentrent également dans cette catégorie les poèmes plus récents de mystiques populaires tels que Tulsidas, Mirabaï, Kabir ou encore Toukaram.
Des écrits plus proprement philosophiques constituent également des piliers de la tradition indienne. Il s’agit par exemple des Yoga Sutras de Patanjali.

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